« Ma chair est la vraie nourriture » (Jn 6, 52-59)
En
ce temps-là, les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là
peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen,
amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de
l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en
vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et
moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la
vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma
chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De
même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le
Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le
pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères
ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra
éternellement. » Voilà ce que Jésus a dit alors qu’il enseignait à la
synagogue de Capharnaüm.
Déjà
les Sages d'Israël voyaient dans le pain et le vin des images de la
nourriture spirituelle. Ainsi, dans la première lecture, tirée du livre
des Proverbes, la Sagesse de Dieu, personnifiée comme une femme
prophétesse, proclame à tout venant sur les hauteurs de la Cité sainte :
« Si
vous manquez de sagesse, venez à moi ! Venez manger mon pain et boire
le vin que j'ai préparé ! Quittez votre folie, et vous vivrez. Suivez le
chemin de l'intelligence ! » (Pr 9,5s)
Cet
appel de la Sagesse, les chrétiens l'ont transposé d'instinct depuis
les premiers siècles : Dame Sagesse n'est qu'une image du Fils de Dieu,
venu parmi nous sur terre pour nous donner le pain de l'intelligence, le
pain de la foi, sa parole qui nous entrouvre le mystère de Dieu et de
son plan d'amour.
Les
chrétiens se sont appuyés, pour cette transposition, sur les paroles
prononcées par Jésus lui-même dans la synagogue de Capharnaüm : « Le
pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde.
Moi, je suis le pain de la vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim. »
Déjà cette audace de Jésus revendiquant le rôle même de la Sagesse de
Dieu avait suscité des murmures dans l'auditoire : « Cet homme-là
n'est-il pas Jésus, le fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père
et sa mère. Alors, comment peut-il dire : « Je suis descendu du ciel ? »
L'étonnement
des gens, dans la synagogue, va friser le scandale quand Jésus abordera
le second thème, clairement eucharistique, de son homélie : « Le pain
que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. »
La
vraie réponse, Jésus la donnera le soir du Jeudi Saint, quand, prenant
le pain, puis la coupe, il dira : « Prenez et mangez ; ceci est mon
corps livré pour vous. Buvez-en tous, ceci est mon sang » (Mt 26,26s).
Mais dès ce jour-là, à Capharnaüm, au lendemain de la multiplication des
pains, Jésus développe sa catéchèse eucharistique :
« Ma
chair est vraiment nourriture, insiste Jésus ; mon sang est vraiment
boisson ». Son Eucharistie est donc nécessaire pour nous, comme est
indispensable la nourriture du corps humain, mais pour entretenir et
développer une autre vie, que l'on commence à vivre ici-bas, et que
Jésus appelle la vie éternelle.
Mais
en quoi consiste cette vie éternelle inaugurée dès maintenant dans le
quotidien de notre existence ? C'est avant tout une relation intense,
profonde, invisible, avec Jésus Fils de Dieu : « Celui qui mange ma
chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. »
Demeurer,
c'est un verbe qui dit tant de choses à la fois qu'il faudrait, pour en
épuiser la richesse, toute une litanie, la litanie de la réciprocité :
Jésus vit en moi, et je vis en lui. Jésus attend mon amitié, et je m'appuie sur la sienne. Jésus compte sur moi, et je compte sur lui. Jésus parle en moi, et je lui parle. Jésus trouve sa joie en moi, et ma joie est en lui. Jésus prie en moi, et je prie en lui. Jésus m'aime, et j'essaie de l'aimer.
C'est
ce partage intégral et cette intimité que Jésus résume en disant :
« Celui qui me mange vivra par moi ». Toute communion à son Corps et à
son Sang sera donc une communion à sa vie de Fils de Dieu, et même une
communion à sa mission d'Envoyé du Père. En mangeant le Corps du Christ,
nous venons nous ressourcer à sa vie, comme lui-même, voyageur parmi
nous, se ressourçait constamment à l'amour de son Père : « De même que
le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi, je vis par le Père, de
même aussi celui qui me mange vivra par moi. »
Nous
vivrons par lui, car l'Eucharistie est en nous un gage de victoire sur
les forces du refus, de l'agressivité et de l'isolement, et même sur
celles de la maladie et de la mort. Nous vivrons, car Jésus veut
éterniser son amitié avec nous, son partage de vie avec tous ceux qui
croient en lui, au-delà de la mort qui nous emportera, et dont l'ombre
inquiète parfois les êtres fragiles que nous sommes :
« Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Moi, je le ressusciterai au dernier jour. »
DANS LES VISIONS DE MARIA VALTORTA
Date Vendredi 23 février 29
Lieu Capharnaüm
Livre Tome 5 - ch 354.13 3ème année vie publique
(...) Moi, je peux me donner, je peux me transsubstantier par
amour pour les hommes, de sorte que le pain devienne Chair et que la
Chair devienne pain, pour la faim spirituelle des hommes qui, sans cette
nourriture, mourraient de faim et de maladies spirituelles. Mais si
quelqu’un mange de ce Pain avec justice, il vivra éternellement. Le Pain
que je donnerai, ce sera ma Chair immolée pour la vie du monde ; ce
sera mon amour répandu dans les maisons de Dieu pour que viennent à la
table du Seigneur ceux qui sont aimants ou malheureux et qu’ils trouvent
un réconfort pour leur besoin de se fondre en Dieu et un soulagement
pour leurs peines. – Mais comment peux-tu nous donner ta
chair à manger ? Pour qui nous prends-tu ? Pour des fauves sanguinaires ?
Pour des sauvages ? Pour des homicides ? Le sang et le crime nous
répugnent. (...)
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