Retour d’exil ou Jérusalem, ville neuve

Samedi 8 avril 2017
Du retour d’exil à Jérusalem où l’on ne se contente pas de reconstruire les murs mais aussi de se souvenir des histoires qui nous ont fait vivre et espérer. D’après le Livre d’Esdras et le Livre de Néhémie.

Cet épisode de la Bible Les récits fondateurs est visible pour une durée limitée de 48h. Pour revoir les 15 premiers épisodes gratuits, rendez-vous sur la chaîne Youtube La Bible les récits fondateurs. Vous pouvez accéder à tous les épisodes sur le site de France Télévision PluzzVAD (vidéo à la demande), en version payante, sous forme de pack thématiques ou la totalité des 35 épisodes. Le DVD des 35 épisodes est également disponible dans notre librairie en ligne.
Méditons
Le but de notre vie, c'est d'être auprès du Seigneur, revenus de nos errances, de nos fuites et du non-sens. Revenons à la maison, auprès de lui. C'est là que "nous sommes chez nous."
"Nous avons voulu forger notre couple sur l'enclume de la route"
Grands voyageur, Édouard Cortès a marché avec sa femme Mathilde vers Jérusalem en 2007, puis en famille vers Rome en 2012.

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Mathilde
Lorsque Édouard m'a demandé si je voulais bien l'accompagner pour toute la vie, très vite il m'a posé une autre question: si je voulais bien l'accompagner jusqu'à Jérusalem, en marchant, pour notre voyage de noces. Dès le début, la marche a été liée à la construction de notre amour et de notre vie de couple. Elle a pour vertu fabuleuse de faire tomber très vite les masques: quand bien même je voudrais cacher mes défauts, mes faiblesses, mes orgueils - mon impatience! -, la marche les fait resurgir très vite. C'est une belle école de vérité.
Édouard
C'était une manière de forger notre couple sur l'enclume de la route. Dans l'effort qu'il faut fournir, dans l'ascèse et la simplicité, dans son caractère assez répétitif, la marche nous façonne, comme la houle de la mer polit les galets. La route a été une sorte de révélateur de ce que nous étions l'un pour l'autre, et de ce qu'était aussi notre couple. Un proverbe afghan dit: « Si tu veux connaître ton ami, voyage avec lui. » De la même manière, je me plais à dire que si tu veux connaître ton conjoint, voyage avec lui !
Mathilde
La marche construit l'être dans la confiance en soi. Accomplir par soi-même, par ses propres capacités physiques, de grandes distances aide à grandir dans la confiance en soi qui est nécessaire pour s'ouvrir à l'autre.
Édouard
Le marcheur n'a plus l'assurance de la douche chaude, de l'abri pour le couvrir de l'orage. Il est dépouillé, avance à une échelle infime - 5 kilomètres par heure ... Cette vulnérabilité le rend plus ouvert, plus disponible au monde, aux rencontres, à l'autre, à Dieu. C'est une sorte d'ermitage nomade qui agrandit sa capacité à aimer. Cela peut sembler une fuite, mais à mon sens, le marcheur est bien plus connecté à la réalité, il se reconnecte à la nature, à son corps. C'est aussi ce que nous avons voulu transmettre à nos trois filles, en partant avec elles vers Rome: allumer un feu, cueillir un fruit sur l'arbre ... Nous souhaitons leur transmettre l'ouverture au monde, la capacité à se sociabiliser, à apprécier la beauté de la création.
Mathilde
Au retour, cette expérience est aussi un trésor dans lequel nous puisons dès que nous sommes happés par la vie quotidienne, par le train-train qui pourrait fermer nos yeux sur le monde qui nous entoure.
Édouard
La marche est, certes, un très bon exercice pour un retour sur soi, mais elle l'est aussi pour s'ouvrir aux autres. Elle nous amène plus loin, dans la rencontre avec l'autre, et avec Dieu pour celui qui a la foi. La marche permet de se recentrer, mais aussi de se décentrer.
Mathilde
Elle suscite des questions d'ordre existentiel, une recherche du sens ... Le but de la marche, Rome ou Jérusalem pour nous, est important aussi, tout autant que le chemin, car il permet de donner un sens à sa vie, sans quoi on risque de tourner en rond.
Édouard
La démarche de pèlerins est quasiment un état de vie pour nous: chercheurs de Dieu, avec pour moyen la marche. La marche nous rappelle que nous ne sommes que de passage sur la terre: toute notre vie est tendue dans l'attente du but de notre pèlerinage terrestre, la patrie céleste. Lorsque nous sommes tentés d'oublier notre condition de passagers terrestres, reprendre la route nous reconnecte à cette vérité essentielle.
Propos recueillis par Céline Hoyeau. La Croix du 26 juillet 2014