lundi 9 mars 2020

« Heureux, dit le psaume, celui qui pense aupauvre et au faible » (Ps 40,2).


Bulle
Saint Antoine de Padoue (v. 1195-1231)
franciscain, docteur de l'Église
Quatrième dimanche après la Pentecôte (Une Parole évangélique, trad. V. Trappazzon, éd. Franciscaines, 1995, p. 53 )

La triple miséricorde
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36). De même que la miséricorde du Père céleste à ton égard est triple, ta miséricorde envers ton prochain doit elle aussi être triple.
La miséricorde du Père est bonne, large et précieuse. « La miséricorde est bonne au temps de l’épreuve, dit Sirac, comme les nuages de pluie au temps de la sécheresse » (Si 35,26). Au temps de l’épreuve, lorsque l’esprit s’attriste à cause des péchés, Dieu infuse la pluie de la grâce qui est rafraîchissement pour l’âme et remet les péchés. Elle est large car au cours du temps elle s’étend dans les bonnes œuvres. Elle est précieuse dans les joies de la vie éternelle. « Je vais célébrer les grâces du Seigneur, les louanges du Seigneur, dit Isaïe, pour tout ce qu’il a accompli pour nous, pour sa grande bonté envers la maison d’Israël, pour tout ce qu’il a accompli dans sa miséricorde » (Is 63,7).
Ta miséricorde envers ton prochain doit avoir, elle aussi, ces trois qualités : s’il a péché contre toi, pardonne-lui ; s’il s’est égaré du chemin de la vérité, instruis-le ; s’il a soif, restaure-le. « Par la foi et la miséricorde, les péchés sont purifiés », dit Salomon (cf. Pr 15,27 LXX). « Celui qui ramène le pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés », rappelle Jacques (Jc 5,20). « Heureux, dit le psaume, celui qui pense au pauvre et au faible » (Ps 40,2).

vendredi 6 mars 2020

Extraits du livre Le Secret de l’espérance, par Geneviève de Gaulle Anthonioz.


Geneviève et Joseph, le tandem improbable



Geneviève de Gaulle. « Elle arrivait à pousser les portes alors que l’on faisait attendre le curé dans le couloir », résume Véronique Davienne qui l’a côtoyée dans les années 90. « S’ils étaient très différents, tous les deux étaient de la même trempe : ils ne lâchaient pas », complète Didier Robert, d’ATD Quart Monde.


Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Joseph Wresinski, le 17 octobre 1987, sur l’esplanade des Droits de l’homme du Trocadéro à Paris, pour le trentième anniversaire du mouvement ATD Quard Monde.


Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Joseph Wresinski, le 17 octobre 1987, sur l’esplanade des Droits de l’homme du Trocadéro à Paris, pour le trentième anniversaire du mouvement ATD Quard Monde. D. R.



« Au mal absolu, on ne peut répondre que par la fraternité. » Cette phrase que lui dit un jour André Malraux, Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002) la confiait à ceux qui voulaient savoir comment elle avait survécu à l’horreur des camps de concentration nazis. Dans cet univers où tout vous pousse à la haine, elle avait connu l’avilissement de l’être humain mais aussi sa grandeur, comme en témoigne cette prière rédigée avec ses sœurs de captivité à Ravensbrück en 1944. « Seigneur qui êtes au milieu de nous, veuillez ne pas nous délivrer de la misère tant que nos frères seront malheureux. (…) Donnez-nous la force de lutter ensemble pour défendre nos vies et nos âmes. » La foi en l’homme est le fil rouge de sa vie : « J’ai été élevée avec cette idée que tout être humain est une richesse ». Ainsi en 1940, lorsqu’elle décide à 20 ans d’entrer dans la résistance, ce n’est pas pour suivre son illustre oncle Charles mais parce qu’elle a lu Mein Kampf et sait que les nazis menacent la dignité de ses frères. Arrêtée en juillet 43, elle est déportée au camp de Ravensbrück. La fraternité qui l’unit aux survivantes ne se démentira jamais. Ensemble, elles créent une association pour aider celles qui sont en difficultés. Puis c’est le retour à la douceur de la vie et son mariage avec Bernard Anthonioz en 1946. Cet ancien résistant souhaite ouvrir l’accès de l’art et de la culture à tous. Elle entre avec lui au cabinet d’André Malraux pour élaborer le futur ministère de la Culture.
Mais un soir d’hiver 1958, elle rencontre Joseph Wresinski, aumônier du « camp des sans-logis » de Noisy-le-Grand, qui l’invite aux portes de Paris. Et cela réveille un insupportable souvenir : « Il y avait dans le regard des gens la même absence, le même vide, la même désespérance que dans les yeux des déportés (…) » Par fidélité à cette fraternité forgée dans la souffrance et à qui elle doit sa survie, elle quitte Malraux et s’engage à défendre ces familles aux côtés du P. Wresinski qui vient de fonder le mouvement ATD Aide à toute détresse Quart Monde. Tout en assurant une présence fraternelle auprès des familles de Noisy, elle milite auprès des politiques pour l’intégration des plus pauvres dans la société. Au prix d’un long combat, elle parient à faire voter en 1998 la loi contre l’exclusion. Mais pour cette militante infatigable : «Il y a urgence à défendre la fraternité à toutes les époques ». Son fameux « refuser l’inacceptable » est toujours d’actualité.

Vidéo




Texte


« Il y a deux ans [c’est-à-dire en 1958], le père Joseph Wresinski m’avait demandé de susciter une campagne pour obtenir du charbon et, grâce aux messages à la radio de Clara Candiani, l’hiver n’avait pas été aussi meurtrier. Mais, après le froid, le feu a fait d’autres victimes. Lorsque, pour la première fois, je suis entrée dans ce grand bidonville, au bout d’un chemin de boue, sans lumière, j’ai pensé au camp, l’autre, celui de Ravensbrück. Bien sûr, il n’y avait pas de miradors, pas de sentinelles SS, pas d’enceinte barbelée et électrifiée, mais ce paysage de toits bas et ondulés d’où montaient quelques fumées grises, était un lieu à part, séparé de la vie. Et ses habitants portaient sur leur visage cette marque de détresse que je connaissais bien et qui avait sans doute été la mienne. À sa demande, une famille avait ouvert la porte de son “ igloo ” au père Joseph, qui m’avait présentée. Dans la pénombre, j’avais rencontré le regard triste et las du père qui avait avancé deux caisses pour nous faire asseoir. La maman était apparue du fond de la pièce, portant dans ses bras un tout petit bébé. Elle était jeune, belle malgré ses cheveux épars. D’autres enfants, quatre, cinq, entraient, sortaient comme dans un jeu, tendant leurs menottes au père Joseph pour recevoir les bonbons qu’il tirait des poches de sa soutane. Il faisait vraiment très froid, plus qu’au dehors, et j’avais entendu avec stupeur le père Joseph demander pour nous un café. Comment était-ce possible, dans un dénuement pareil ? Les gosses avaient disparu, puis étaient revenus assez vite, apportant qui deux verres, qui du café et du sucre, tandis que l’eau chauffait. Nous avons bu notre café à la lueur d’une bougie fichée dans une bouteille. Le père Joseph était silencieux, attentif à ce que disaient les parents : il faudrait trouver un travail pour pouvoir obtenir un logement, on ne serait pas si souvent malade – un des enfants était de nouveau à l’hôpital –, les petits iraient à l’école si on habitait moins loin et que la maman puisse les laver, laver leurs habits et surtout les faire sécher. Malgré tout, ils gardaient l’espérance et ce bébé était si beau, si gentil ; pour lui la vie allait changer, c’était sûr. Dès qu’ils auraient un peu d’argent, on ferait son baptême.

Nous les avions quittés en les remerciant pour le café, et je n’avais pu m’empêcher de penser à cette toute petite ration de pain que nous nous partagions à Ravensbrück. Le pire, c’est de ne rien pouvoir donner, avait dit le père Joseph, et que, d’ailleurs, on ne vous demande plus rien.

Quand j’avais quitté le chemin boueux pour attendre l’autobus dans une vraie rue, j’avais senti, au fond de moi, que je reviendrais.

[…]

À Ravensbrück, nous avions découvert qu’un livre était plus précieux que le pain. De tels rapprochements m’aident à prendre un peu conscience du projet conçu par le père Joseph : ceux que détruit la misère peuvent seuls nous apprendre ce qu’ils voudraient vivre, il faut donc être attentifs à leurs aspirations profondes. “ Et si nous n’entendons rien, c’est sans doute que nous ne sommes pas assez près ”, nous dit-il. »

Extraits du livre Le Secret de l’espérance, par Geneviève de Gaulle Anthonioz.



Écouter  :


«Les derniers seront les premiers», de Jean-Jacques Goldman, chanté par Sœur Agathe, extrait de Qui sait? (Bayard Musique).

Un chant : Voici la demeure de Dieu

Consécration Notre Dame de France
 
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit
 
 
 
 
 
 


Gardons le cap !
Orientés vers le Christ avec l'aide de la Vierge Marie
Pour nous aider, 7 propositions :
 
 
Il n'est pas facile de garder le cap, et surtout le bon cap devant l'avalanche d'événements et d'informations changeantes que nous recevons quotidiennement. Nous vous partageons quelques conseils simples qui nous permettrons d'avancer sans perdre le cap, le seul valable : garder les yeux fixés sur le Christ et surtout : Ne vous laissez pas voler votre espérance !
 
  • Je m'appuie sur la Parole de Dieu chaque jour (ou lectio divina) et je garde la paix intérieure en pratiquant l'oraison quotidienne (ou l'Adoration)
    • ​Lectio divina et oraison : voir l'article publié dans Etoile Notre Dame n°293 dans lequel nous développons ces deux sujets (pages 18 à 24)
  
  • Je m'appuie sur la prière, comme le chapelet par exemple
    •  Pour prier le chapelet : il est diffusé en permanence, 24h sur 24 sur notre site internet : Rejoignez-nous !
 
  • Je me mets à l'abri sous le manteau de la Vierge Marie...
 
  • En ce mois de mars, mois de saint Joseph, je m'appuie sur lui avec confiance
    • Je decouvre ou redécouvre les méditations quotidiennes de l'abbé Berlioux dans le livret Un mois avec saint Joseph (disponible en libre accès dans nos actualités)
 
 
  • Je récite quotidiennement cette belle prière du Psaume 90 : Quand je me tiens sous l'abri du Très-Haut et repose à l'ombre du Puissant...
 
  • Et enfin, je n'oublie pas mon prochain qui a certainement besoin de moi...

jeudi 5 mars 2020


La misère, voilà l’ennemie !



Le P. Joseph Wresinski est un de ces prêtres qui ont ouvert des voies nouvelles dans la manière de vivre le ministère sacerdotal. Son originalité est peut-être d’avoir assumé tout son passé dans son ministère. La pauvreté de son enfance lui fait comprendre la misère des hommes et femmes de son temps.


Corvée d’eau dans le camp de Noisy-le-Grand en 1954.


Corvée d’eau dans le camp de Noisy-le-Grand en 1954. © Photo Bloncourt

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Sus à la pauvreté !

Ordonné prêtre en 1946 pour le diocèse de Soissons, le P. Wresinski exerce son ministère dans des paroisses ouvrières et rurales pendant une dizaine d’années. Il n’a de cesse de rechercher les plus pauvres de ses paroisses pour leur parler de l’Évangile et trouver des solutions concrètes pour les extirper de leur dénuement.

Pauvre avec les plus pauvres

Lui qui a grandi dans la misère et dans le souvenir du courage de sa mère, il craint d’être infidèle non pas tant à l'Évangile qu’aux pauvres, les bien-aimés de Dieu. Il se fait ouvrier dans les mines pour, comme d’autres prêtres ouvriers à l’époque, partager la vie des plus nécessiteux. Il y contracte la tuberculose. Une fois rétabli, il demande à être nommé en 1956 au bidonville de Noisy-le-Grand.

Sagesse d’un pauvre

Il comprend dans ce camp que rien de ce qu'il a vécu jusque-là n'est étranger à son nouveau ministère. Il va dès lors apporter dans son sacerdoce toute son histoire dont il ne renie rien. Elle sera, avec l’Évangile – peut-être même plus encore – le socle de sa spiritualité : « Il fallait bien que je parte d'où j'étais né, avec l'expérience et le regard que m'avait donné la misère », écrit-il. En venant à Noisy-le-Grand, il n’est pas question pour lui de convertir qui que ce soit. Il envisage son ministère comme une lutte contre la misère sous toutes ses formes. Un match à gagner en ralliant toutes les bonnes volontés, au-delà de toute appartenance de religions ou de nationalités : « Car si la misère existe c'est parce que nous, les hommes, nous acceptons qu'elle existe. ». Il faut donc la combattre main dans la main. Et à la question « Vous croyez, vous, que la misère peut disparaître ? » le P. Joseph répond : « Ah, je suis sûr ! »

Nouveau regard

Pour mener ce combat, il invite tous ceux qui le lisent et l’écoutent à changer de regard sur les pauvres : « Si on commençait déjà nous-mêmes par changer notre regard sur les pauvres et changer un peu nos priorités dans nos vies. » Le changement de regard commence par une victoire sur la peur que suscite le pauvre : « On a peur, on a peur des pauvres, disait-il. Les pauvres qui sont à notre porte peuvent nous parler de la liberté avec beaucoup plus d'intensité, j'allais dire presque de vérité. Mais on ne les entend pas parce que, au point de départ, on a peur, on a peur d'eux, on croit qu'ils portent la haine alors qu'ils ne portent que du désespoir. » Toute sa vie, le P. Joseph cherchera à ne pas oublier les plus pauvres, à atteindre les plus abandonnés, il sera hanté par la recherche des plus exclus : « S'il y a une institution qui devrait être faite pour les pauvres, et qui devrait être bâtie pour les pauvres et qui devrait faire fi du reste, et qui devrait s'occuper exclusivement des pauvres, c'est tout de même bien l'Église. »

Vidéo : un langage de combat (France Info)

Texte   : Seigneur, j’ai peur de toi

J’ai peur de m’attacher à toi, de remettre mon sort entre tes mains, parce que j’ai peur de la souffrance, de l’injustice et de la solitude. Aussi, je ne puis te dire : « Fais de moi ton amour et pétris-moi à ton gré, comme l’époux pétrit l’épaule de son épouse… »
J’ai peur que tu ne me conduises dans l’inconnu, là où je ne serai que face à toi, rien que face à toi ; là où peut-être ta volonté contrariera tellement la mienne que toute ma vie en sera changée.
Pourtant, Seigneur, je sais que mon sort est entièrement entre tes mains. Je sais que quoi que je fasse c’est à toi qu’appartient le dernier mot, que mon âme est ta chose parce que tu m’aimes. Je t’aime moi aussi. Alors d’où viennent ma peur, mes réticences et parfois ma révolte ? Est-ce parce que je n’ai pas assez la foi ? Oui c’est cela Seigneur, je n’ai pas assez de foi…
Cependant, il y a autre chose… Il y a que tu as voulu être, en ces temps-ci, le « Lumpenproletariat » : le haillonneux, l’humilié, l’inconnu des zones de misère. Tu as voulu être de ces hommes qui me font peur.
Comme ils l’ont déjà fait, tant de jours et tant de nuits, toi aussi, tu me conduiras de dépouillement en dépouillement, de remise en cause en remise en cause, tu me jetteras nu devant mes frères sous-prolétaires, tu me livreras à leur merci, à leur misère, à leur solitude.
C’est à cause de cela que tu me fais peur, parce que tu me dis, du plus profond de leurs entrailles : « Ces enfants-là sont mes frères, ces femmes sont ma mère. Et je suis le Lazare qui te rebute, Marie-Madeleine qui te tente, les larrons qui te volent et t’injurient, je suis le lépreux décharné et ignorant, qui te fait horreur. »
Seigneur, par pitié, ne me remets pas, pieds et poings liés, à ces frères-là. Ne me remets pas, sans défense, à ton amour. Non ! Pas cela, Seigneur. Par pitié, ne permets pas cela.
Mais puisque tu l’exiges, je me laisserai faire. J’ai quand même peur de toi, Seigneur.
Extrait de Paroles pour demain, Desclée de Brouwer, 1986, p.35-37

Écouter :

« Qui sait ? », de Sœur Agathe, extrait de l’album Qui sait ?, Bayard Musique.

samedi 29 février 2020


Écouter :
Pour les enfants du monde entier, d’Yves Duteil, extrait de Mes escales, Bayard Musique.

La révolte au nom des pauvres



« Le luxe, c’est un ver qui ronge le cœur de l’homme. » Emmanuelle mettra du temps à prendre la mesure de sa vocation profonde. À 62 ans, elle obtient enfin l’autorisation de prendre son envol.


La révolte au nom des pauvres


En 1957, Emmanuelle est enfin envoyée… ailleurs ! Elle part pour Kasnadar, près de Tunis. C’est un petit collège, avec un joli jardin et des élèves plus disciplinées. Notre sœur revit. Mais déjà s’agite et rouspète. Elle s’indigne de voir le chauffeur de la communauté des sœurs habiter une belle maison alors que les domestiques tunisiens s’entassent dans de pauvres masures. Et la réponse de sa supérieure : « Mais ma sœur, c’est comme ça en Tunisie » n’est pas faite pour la calmer ! L’injustice faite aux pauvres, c’est trop pour elle ! Revenue à Istanbul pour s’occuper à nouveau de la petite école des pauvres, elle est envoyée en 1963 à… Alexandrie ! Quelle aventure encore ! Surtout que le concile Vatican II fait passer une grande bouffée d’air frais dans l’Église et dans sa congrégation.

Le choc de la misère


À Alexandrie, la voici chargée d’ouvrir à l’esprit de partage de jeunes et riches Égyptiennes. Sur le conseil de sa supérieure, elle commence donc l’année scolaire par un voyage en train : visiter avec ses élèves les pyramides semble un bon moyen de créer des liens ! Mais en fait de pyramides, ce sont surtout les hordes d’enfants sales et misérables qui les assaillent à chaque arrêt qui sont comme un électrochoc. « Ce jour-là, qui aurait dû être le jour de la découverte des pyramides de Gizeh, a été pour moi celui de la découverte du tiers-monde et cela a été un véritable choc. Un choc d’autant plus violent que je me suis rendu compte qu’on peut très bien vivre dans le tiers-monde, comme je l’avais fait, sans avoir la moindre idée de ce qu’est la vraie misère, la vraie pauvreté. C’est là que je me suis révoltée et que j’ai failli quitter la congrégation. » Cela n’arriva pas ! Mais Emmanuelle dut batailler pour changer d’affectation et rejoindre en 1965 la petite école pour les pauvres de sa congrégation. Tout bascule alors.

Le bonheur dans le dépouillement


Les besoins des pauvres lui sautent au visage, ainsi que le devoir de partager. Elle expliquera par la suite ce qu’elle entend par « partager ». Partager, ce n’est pas se défaire de tout, mais c’est réduire son train de vie, faire un chèque substantiel de temps en temps, construire un hôpital pour les pauvres. « Le luxe, c’est un ver qui ronge le cœur de l’homme. Et j’ai découvert moi-même que le fait d’avoir renoncé aux choses inutiles rend tout bonnement heureux. »

Ce que sœur Emmanuelle essaiera de faire passer ensuite comme message, c’est que le péché du monde occidental, c’est de ne se préoccuper que du centre et d’ignorer les « périphéries », termes qu’elle employait déjà, 25 ans avant le pape François ! Et même si Vatican II a fait évoluer les congrégations missionnaires, elle dénonce celles qui, encore, ne sont présentes que dans les grandes villes, au milieu des plus riches.

Jusqu’à sa retraite, qu’elle prend en 1970, Emmanuelle ne cesse d’écrire à ses supérieures : « Mais quand allez-vous m’envoyer auprès des plus pauvres ? » Il lui faudra une belle obstination pour avoir le droit enfin, à 62 ans, de refuser de rentrer en France pour pouvoir s’installer chez les chiffonniers du Caire. Une nouvelle aventure commence !

Vidéo : Rencontre avec Sœur Emmanuelle (KTO)







Texte : « Je n’accepte pas d’être une privilégiée »


Je veux rester collée à une humanité qui souffre. Je ne peux pas me contenter de jouir sur terre de la lumière divine, alors que mes frères et sœurs ne l’ont pas.

Il y a trop de souffrance dans ce monde.

Je n’accepte pas d’être une privilégiée. Je ne m’en donne pas le droit.

J’ai le Christ pour modèle. Jésus a voulu tomber dans la douleur d’un tel monde.

Il est mon modèle.

Je n’ai pas le droit de profiter d’une vie luxueuse, en me procurant tous les plaisirs de la vie !

Nous sommes quelques personnes dans le monde à refuser cela.

Que chacun suive sa vocation ! Si le Seigneur me donnait le choix d’entrer au paradis ou de revenir sur terre, je reviendrais sur terre.

Je retournerais chez les chiffonniers du Caire, là où j’ai été le plus heureuse en vivant 22 années de justice avec sœur Sara, ma compagne de bidonville qui est la transparence même.

Testament Spirituel, Presses de la Renaissance



Écouter :


Pour les enfants du monde entier, d’Yves Duteil, extrait de Mes escales, Bayard Musique.